CARY : Reed, Low, Rusin, Woolard, Elenio, Lowery, Franks, Watson, Paladini, Heinemann, Barbara (90
e Gardner)
MONTRÉAL : Jordan, Braz (90
e Agourram), Pizzolitto, Aaboubou, Billy, Leduc (84
e Terminesi), Donatelli, Le Gall (68
e Mayard), Di Lorenzo, Sebrango, Gerba
ARBITRE : M. Rivero
AVERTISSEMENTS : Leduc, Mayard, Barbara, Rusin, Terminesi, Aaboubou
LES BUTS : 72
e Rusin (1-0), 89
e Heinemann (2-0)
Comme en 1995 et en 2005, l’Impact ne soulèvera pas la coupe une deuxième année de suite, tombant une fois de plus en demi-finale. Après Atlanta et Seattle, le bourreau s’appelle Cary.
Les sentiments étaient mitigés après le match aller au stade Saputo : la satisfaction de la victoire était mêlée d’une légère crainte car une avance de 1-0 pouvait sembler légère. Cependant, sur le terrain d’un adversaire qui aime conserver le ballon mais peine parfois à faire bon usage, l’Impact pouvait espérer l’empêcher de pratiquer son jeu et de bénéficier de certains espaces quasiment inexistants à l’aller.
Alors, oui, Jordan a été alerté par Heinemann en début de match, et surtout Rusin (qui reprit de la tête un corner au second poteau) et Barbara (qui rentra dans le jeu avant d’envoyer un tir puissant au-dessus) durant les 20 premières minutes. Si ces occasions pourraient laisser croire à un déséquilibre, en réalité Cary était vraiment loin d’être dominateur.
D’ailleurs, Montréal se créa à son tour des possibilités intéressantes, notamment sur un corner mal repoussé quand une reprise acrobatique de Leduc heurta la transversale. Donatelli tenta aussi sa chance de loin, d’un tir bondissant qui ne causa guère de danger à Reed.
Barbara l’imita à quelques minutes du repos, d’un envoi à ras-de-terre ne causant pas plus de problème à Jordan. Dans les dernières secondes de la première mi-temps, Low se joua de Braz sur la gauche avant de centrer : un ballon qui fut difficilement dégagé et resta assez longtemps menaçant. Il n’y eut pas d’occasion, mais quand même une frayeur sérieuse.
0-0 à la mi-temps, c’était un score assez logique. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, on a même entendu un chant des Ultras Montréal repris… par le personnel du club (selon les explications de Marie Malchelosse, journaliste de Radio-Canada sur place) qui avait fait le déplacement en nombre.
Certes, le match en lui-même était terne, loin d’atteindre le spectacle de la semaine précédente à Austin, mais là n’était pas l’essentiel : le chrono tournait en faveur de l’Impact et avait déjà atteint la moitié du chemin de ce duel retour. Tout supporter montréalais aurait signé des deux mains pour 45 minutes du même acabit.
La seconde période fut toutefois plus animée. Et commença de manière inquiétante avec une défense qui donna quelques signes de fébrilité quand l’adversaire accélérait. Ainsi, un beau mouvement sur la droite des joueurs locaux permit de placer Barbara en bonne position mais le Maltais rata totalement sa frappe. Peu après, une belle combinaison dans l’axe de Cary mystifia complètement des Montréalais passifs, permettant à Watson de tenter sa chance de l’entrée du rectangle. Heureusement, sa frappe échoua au-dessus.
L’arrière-garde locale n’était pas non plus exempte de toute vulnérabilité. Un long dégagement d’Aaboubou se transforma par exemple en longue passe pour Sebrango. Les deux arrières qui l’entouraient et Reed durent s’y prendre à trois, et sans y aller timidement, pour le mettre hors d’état de nuire. Sur un centre de Di Lorenzo trop enlevé pour Sebrango, c’est même Woolard qui, de l’arrière du crâne, envoya le ballon sur le dessus de la transversale !
Ainsi, le chrono tournait toujours rondement et, surtout, dans le bon sens. Il restait à peine 20 minutes à jouer et Mayard, monté au jeu quelques instants plus tôt, tentait un envoi intéressant d’une position lointaine et excentrée. C’était hors-cadre.
On sentait que Cary voulait davantage, on sentait qu’ils ne devaient pas accélérer car le risque de trouver une brèche était réel, mais concrètement, jusque-là, l’Impact tenait bon et était en outre capable de se montrer menaçant.
La défense finit toutefois par rompre. Sur un coup franc de Paladini du flanc gauche, une reprise de la tête obligea Jordan à intervenir. Il ne put que repousser le ballon en direction. Il l’avait quand même écarté assez bien sur sa gauche, toujours dans le rectangle. Cependant, Watson y arriva en premier et n’était pas entouré. Il plaça très simplement le ballon dans les pieds de Rusin, devant le but. Le défenseur n’eut même pas à bouger pour prolonger le ballon au fond des filets alors que les joueurs de l’Impact qui l’entouraient étaient incroyablement statiques (1-0).
On était à égalité parfaite sur l’ensemble des deux rencontres et les réactions des deux équipes seraient très intéressantes à voir. Cary donnait toujours la même impression : celle de vouloir gagner sans trop savoir comment s’y prendre. Elle était sans doute trompeuse, mais bien réelle. L’Impact, lui, a joué son jeu : pour marquer, car c’est ce qu’il fallait faire, sans toutefois se ruer inutilement vers l’avant. Et c’est lui qui se créa les meilleures occasions.
Un corner rentrant de Billy prenait droit la direction des filets quand Reed boxa le ballon du poing. Billy le récupéra et tenta une autre fois sa chance, une frappe tendue qui échoua dans le filet latéral. L’égalisation aurait dû tomber à la 82e : sur un centre aérien de Leduc, Gerba, au deuxième poteau, eut enfin de la latitude et envoya une reprise de la tête dans la bonne direction. Mais Sebrango arriva sur la trajectoire du ballon et le dévia malencontreusement en coup de pied de but.
Il restait une minute à jouer et on sentait poindre les prolongations quand un long ballon de Watson (encore) lança Heinemann, qui partit seul au but. Pas signalé hors-jeu, excentré sur le tiers droit du terrain et à 35m du but, il ne fut jamais rattrapé par une défense désorganisée sur ce coup et qui s’était laissée berner. Il envoya une puissante frappe entre Jordan et son poteau sur laquelle le portier de l’Impact resta impuissant (2-0).
Montréal n’avait plus le choix et commença directement un pressing d’enfer dans le camp adverse. Rapidement, la défense orange plia. Et on pensait qu’elle avait rompu quand un tir bondissant de Donatelli fut mal maîtrisé par Reed : Terminesi avait parfaitement suivi et mit le ballon entre le gardien local et son poteau. Il y eut le temps d’exploser de joie d’un côté et de se prendre la tête à deux mains de l’autre avant de se rendre compte que le but était annulé pour hors-jeu.

Si hors-jeu il y a, c’est au moment de la frappe de Donatelli. L’image ci-contre est capturée à cet instant-même (merci à Alex Godard du forum pour ça) et on y voit la ligne du hors-jeu. Il faut prendre l’action dans son ensemble pour comprendre ce qu’il s’est passé et ce qu’il aurait dû se passer. Car ce n’est pas si évident que ça en a l’air.
Je ne veux pas ici défendre le juge de ligne, juste tenter de me (ou vous) mettre à sa place, histoire de relativiser la situation. Il faut commencer par un rappel important : on est seulement en D2 américaine, on en est très conscient et on ne s’attend pas à voir des joueurs au niveau exceptionnel. On oublie souvent de penser que les entraîneurs et les arbitres sont du même niveau, et les attentes sont parfois plus élevées à leur égard, à tort. Il faut aussi reconnaître que dans la Concacaf, le niveau global de l’arbitrage est assez faible, et celui des juges de ligne souvent pire. On n’a pas un dieu du drapeau à l’œuvre, mais c’est malheureusement normal dans les circonstances.
La ligne rouge, si elle aide à situer le hors-jeu, permet aussi de se rendre compte de ce que voit le juge de touche. Terminesi est bien loin de lui et, entre ses yeux et le joueur, il y a plusieurs hommes en orange, avec à droite (pour l’homme en noir) l’un ou l’autre Montréalais clairement hors-jeu. Ce ne serait même pas surprenant qu’il ne voie absolument pas Terminesi. L’action se poursuit : si un des joueurs hors-jeu l’influence, il doit lever son drapeau. Terminesi marque. Était-il hors-jeu ou non ? Que faisaient les autres ? Il y avait du monde et un préjugé au hors-jeu. Revu à froid, on se rend compte qu’il y a beaucoup d’éléments à prendre en considération, que seul Terminesi a une influence sur l’action et que, placé à l’endroit du juge de ligne, il est très difficile de déterminer s’il est hors-jeu. Dans une telle situation, le règlement est on ne peut plus clair : avantage à l’attaquant, il n’aurait donc pas dû lever son drapeau.
Mais comme on a dans notre D2 des joueurs qui, seuls devant le gardien, arrivent à tirer à côté, on a des juges de ligne qui, quand trop d’éléments se bousculent dans leur tête, prennent une mauvaise décision. Loin de moi l’intention de lui donner raison, puisqu’il a eu tort ; je voulais juste apporter un éclairage différent sur la situation.
L’Impact devait donc repartir à l’attaque dans les arrêts de jeu et hérita d’une dernière occasion quand une déviation de Mayard sur la gauche vers Agourram permit à ce dernier de tirer, dans les bras du gardien. Petite précision pour ceux qui sont moins familiers avec nos règlements : si l'Impact avait marqué, vu que dans cette compétition les buts à l'extérieur ne font pas la différence, il n'aurait pas été qualifié mais aurait forcé les prolongations.
Le pressing était beau, l’intensité au rendez-vous, dommage que ce n’ait pas duré plus longtemps, on aurait eu du spectacle. Mais le temps était écoulé et l’arbitre vint mettre fin aux espoirs de l’Impact de soulever la coupe une seconde fois consécutive. Certains joueurs étaient effondrés, d’autres voulaient la peau du diable au drapeau.
Si on se penche sur l’ensemble des 180 minutes, elles ont été équilibrées dans l’ensemble. Seule exception : la période du match aller où Cary, refusant de jouer, a subi la domination territoriale de l’Impact. De ce point de vue là, on peut considérer que la qualification de Montréal aurait été plus logique.
Cary a cependant eu un mérite : pendant 180 minutes, Gerba et Sebrango ont été réduits au silence, ce que peu d’équipes sont capables de faire. Oui, la défense a péché sur les deux buts, mais l’an dernier aussi, tant en demi-finale qu’en finale, l’Impact a encaissé au moins deux fois. La différence est offensive, mais pas seulement à l’attaque car la deuxième ligne, sauf sur coup de pied arrêté, n’a pas été capable de prendre la relève pour trouver le chemin des filets. Il y a, là aussi, une partie de l’explication de cette élimination.