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Ça, c'est un match au sommet !

Impact Montréal - Rochester Raging Rhinos 2-0 – League game (regular season) played on 31/08/2007

 
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MONTRÉAL : Jordan, Aguilar, Leduc (89e Aaboubou), Gervais, Vincello, Gatti, Testo, Di Lorenzo, Gjertsen (85e Dawkins), Brown (89e Di Ioia), Gbeke (76e Matondo)

ROCHESTER : Vallow, Bonseu, Palguta, Novak (46e Lorea), Bertz, Aloisi (69e Kramer), Ball, Burns (46e Diallo), Menyongar, Severs (56e Ambersley), Delicâte (76e Holmes)

ARBITRE : M. Navarro

AVERTISSEMENTS : Bertz, Vallow, Severs, Vincello, Ball

LES BUTS : 9e Gbeke (1-0), 35e Gbeke (2-0)


Alors là, c’est tout bonnement incroyable. Après une saison qui a atteint des excès de médiocrité en juillet, une compétition dont on n’arrête pas de se plaindre (à raison) de la faiblesse et de la chute du niveau, ce match entre Montréal et Rochester est, tout simplement, le meilleur qu’il m’ait été donné de voir depuis ma première présence au complexe Claude Robillard, le 10 juillet 2002 contre cette même équipe de Rochester.

Un match de football comme il se doit, avec du jeu fluide, des passes en un ou en deux temps, des occasions, pas des tonnes de pertes de balles ni de temps morts interminables et à répétition comme nous y sommes habitués en USL. Deux équipes qui jouaient au ballon, et bien par-dessus le marché. Une rencontre comme on aimerait en revoir chaque semaine.

L’homme du match est Charles Gbeke qui, avec ses deux buts, en totalise 10 et a pris la tête du classement des buteurs. Il a aussi créé un bon nombre d’occasions et participé à la construction du jeu. Avec à ses côtés un Brown dont le temps de réaction est parfois lent et qui n’a pas encore les automatismes adéquats avec ses équipiers, mais qui sait mobiliser plusieurs défenseurs et bien se placer, l’attaquant aux multiples clubs en a fait voir de toutes les couleurs à ses anciens coéquipiers, notamment à Bertz, chargé de le serrer de près.

En manque de réussite devant le but, Gjertsen avait été replacé comme pointe offensive d’un milieu de terrain en losange et le résultat a certainement surpassé les attentes de bien du monde. Toujours disponible, souvent à la bonne place et avec un coup d’œil acéré pour savoir rapidement à qui donner le ballon, il a enfilé l’habit de distributeur des grands soirs.

Sur sa gauche, Di Lorenzo, de plus en plus étincelant depuis le début du mois d’août, a été à la base d’un nombre impressionnant d’occasions. Technique, rapide, bien placé, aussi bien pour donner que pour recevoir le ballon, à l’affût de la moindre erreur de l’adversaire et avec des équipiers qui, en plus, savaient où aller quand l’Argentin se mettait en marche, il a, lui aussi, joué un rôle très important dans la qualité de cette rencontre.

Son pendant à droite, Testo, a abattu un boulot considérable. S’il ne fut pas décisif comme lors des demi-finales et de la finale l’an dernier, il était, comme ses équipiers, dans un bon jour. Très attentif, il a suivi beaucoup d’actions de près pour régulièrement réagir quand un de ses partenaires perdait le ballon. Il en a récupéré un bon nombre pour rapidement repartir à l’attaque.

La rapidité de la reconstruction en récupération de balle, d’un côté comme de l’autre d’ailleurs, a fait que ce match a atteint un niveau élevé. Combinée, bien entendu, au fait que cette vitesse ne se confondait pas avec de la précipitation mais se faisait davantage dans l’intelligence et la précision.

Un gars qui a joué un grand rôle, mais très effacé notamment à cause de son poste, c’est Simon Gatti. Vision du jeu, placement (souvent haut dans le jeu), technique, abattage en font un joueur qui peut jouer d’un rectangle à l’autre. Non, pas le fameux “box to box” (une expression à la mode en Europe) car il ne s’infiltre pas dans le rectangle adverse, tire et marque encore moins, mais un joueur en plein développement, au potentiel indéniable et qui, si on finit de le former comme il faut, peut rapidement devenir un pion incontournable de l’équipe à cette position.

Pour ça, il devra faire face à la concurrence de Patrick Leduc, replacé dans l’axe de la défense suite aux absences combinées de Pizzolitto et Arango. Placé là à plusieurs reprises, pas toujours avec force réussite, par De Santis depuis le début de la saison, il semble avoir pris ses marques dans ce rôle où il a été une doublure plus que valable. À force de jouer avec Gervais, encore une fois solide comme clef de voûte de la défense, les automatismes finissent par rentrer.

Il faut dire que l’absence de Diallo en première mi-temps en face a facilité leur tâche. Delicâte a, une fois de plus, montré ses limites face aux meilleures défenses de la série. Souvent, il a dû décrocher sur les côtés pour s’exprimer (avec succès). Mais devant le but, il n’a eu aucun mot à dire. Ce qui fait que c’est Menyongar qui avait le poids offensif sur ses petites épaules. Perdu au milieu des tours s’il montait trop, il a dû se contenter de tirs de loin.

Les progrès de Leduc dans l’axe de la défense ont permis de laisser Vincello à son poste de prédilection, le back gauche, où il a disputé un tout bon match. Souvent premier sur le ballon, il s’est permis quelques montées dont il a le secret, délivrant des passes de finition (dont une a donné le premier but) et tentant même sa chance. Sans oublier, bien entendu, sa tâche principale : défendre.

L’autre bonne surprise de la soirée, et l’autre joueur qui monte dont on ne parle pas encore tellement, c’est l’arrière droit Aguilar. Acquis à la fin du mercato, il est arrivé après ses équipiers à Montréal et dans l’équipe mais semble s’être emparé de la place laissée vacante depuis le départ de Braz. Technique, spectaculaire (ça plaît toujours), il se permet aussi quelques montées tout en effectuant son travail derrière. J’ai hâte de le voir la saison prochaine quand il aura effectué la préparation avec l’équipe. En tout cas, moi qui n’arrêtais pas de réclamer un arrière droit, je pense qu’on l’a trouvé.

N’oublions pas non plus Jordan, délivré de son masque, qui n’a pas été super occupé (pas parce que l’adversaire était mauvais mais bien grâce au travail de ses équipiers) mais qui a quand même dû intervenir à plusieurs reprises, toujours à bon escient.

Onze joueurs au sommet de leur art ou presque, une équipe qui tourne bien (et un banc léger, il faut l’avouer), pas étonnant que De Santis n’ait effectué qu’un changement (Gbeke, à un quart d’heure de la fin, pour Matondo) en dehors de ceux des tout derniers instants.

Attention, le match n’a pas été une démonstration montréalaise. Si les joueurs locaux l’ont dominé, surtout en première période, les visiteurs ne sont pas restés inactifs. C’est d’ailleurs bien ce qui en fait un grand crû : pour une grande rencontre de football, il faut deux équipes sur le terrain.

Vallow a été excellent à de nombreuses reprises, Bonseu a défendu et attaqué avec bonheur, Aloisi montré une fois de plus qu’il avait sa place à Rochester tout comme Palguta. Seul Bertz a été pris de court. Il avait toutefois en face de lui un Gbeke survolté mais ce duel a fait pencher le match. Il n’est pas le seul.

Le milieu de terrain des Américains a été très bon aussi, mais est tombé sur plus fort, beaucoup plus fort, et a rarement pu transformer ses qualités en occasions tant les solutions lui manquaient. Delicâte ne le soutenait qu’en venant chercher des ballons car il avait plus fort que lui en face avec Leduc et surtout Gervais. Severs ne savait souvent pas trop où il devait se diriger alors que Menyongar ne pouvait pas à la fois diriger la manœuvre et marquer. Mais pourquoi donc Calloway avait-il laissé Diallo sur le banc ?

Certes, celui qui était le meilleur buteur du championnat au coup d’envoi est-il monté au retour des vestiaires. Mais il était déjà bien trop tard, les dés étaient jetés et retombés sur un double six pour Montréal. L’ami de Gbeke n’était en outre pas dans un grand jour et n’a bénéficié d’aucune latitude. Il n’a pas été en mesure de changer l’allure du match.

Un match qui avait commencé à 20h16. En retard, comme d’habitude, mais encore plus. Ils feraient bien de faire comme à London où le coup d’envoi est fixé à des heures bizarres, genre 20h08, mais où il se fait exactement à l’heure.

L’impression bizarre venait cependant des joueurs de Rochester dont le maillot me rappelait étrangement celui… d’Anderlecht (le deuxième, le jaune) lors de leur dernière grande épopée en Ligue des champions. Mais plutôt que Köller et Radzinski, on avait Menyongar et Delicâte. Et puis, le mauve avait laissé la place à un vert très foncé mais de loin, on ne distinguait pas la couleur. Espérons que les phares du stade Saputo soient plus puissants que ceux du CCR.

Il fallut attendre la neuvième minute pour que le ton du match soit donné. Di Lorenzo s’était recentré pour récupérer un ballon et Vincello, qui avait vu un espace s’ouvrir, s’y était engouffré. Avec raison puisqu’il reçut une ouverture lumineuse de son compatriote. Le centre du défenseur bondit au cœur du rectangle avant de trouver Gbeke qui, d’une reprise pleine de confiance, l’envoya au fond des filets (1-0).

Quatre minutes plus tard, l’arrière gauche étala une nouvelle fois ses qualités offensives quand, des 25 mètres, il tenta sa chance sur un coup franc rapidement joué. Sans trop de difficultés pour Vallow qui se coucha sur le ballon.

Sur l’action suivante, le gardien de Rochester eut la tâche plus difficile. Di Lorenzo avait envoyé une très bonne passe en profondeur pour Gjertsen qui s’était engouffré dans un trou dans l’axe. Bonseu avait cependant réussi à lui rester sur le dos et l’ancien Vancouverois dut tirer directement. Vallow s’interposa sur cet envoi du pied gauche.

Tiens, ça fait longtemps que Vincello ne s’est pas manifesté. Son centre trouve la tête de Brown dont la reprise file à côté. C’est ensuite au tour de Testo d’effectuer un bon travail, ponctué d’une passe du bout du pied à Gbeke, dans l’arc de cercle des 18m, tenu par deux adversaires. Il parvient quand même à se retourner et à tirer en extension mais Vallow est à la parade.

Le gardien visiteur est de plus en plus sous pression. Cette fois, un exploit technique d’Aguilar sur son flanc droit est suivi d’une passe à Gbeke qui contrôle de la poitrine à l’entrée du rectangle avant de décocher un tir, difficilement maîtrisé par Vallow. Mais il a réussi à suffisamment excentrer le ballon que pour le mettre hors de danger.

Que d’action ! Et on avait - à peine - dépassé la moitié de la première mi-temps !

Et Rochester dans tout ça ? Comme dit plus haut, ils se débrouillaient bien, malgré l’une ou l’autre lacune derrière, mais manquaient surtout de solutions devant. Et le beau travail de leur milieu de terrain était souvent mis à la poubelle. C’est donc Menyongar qui prit ses responsabilités, en envoyant deux tirs à distance : le premier fut détourné par Jordan, le second manqua la cible.

Même si l’Argentin était déjà bien dans le match, peu avant la demi-heure, c’était le moment du début du Di Lorenzo show. Premier centre, de la gauche, pour Brown dont la reprise du gauche fut déviée en corner. Deuxième passe de finition, après avoir récupéré lui-même le ballon, toujours vers Brown, dans l’axe, mais le tir tendu du Panaméen finit à côté.

Hey, Leo ! Hein, quoi ? Hey, Leo ! Regarde ! Mais qui parle ? C’est moi, Joey, Gjertsen. C’est sur la tête de Gbeke que tu dois placer le ballon ! Tiens, je vais te montrer. Hey, Bertz, regarde là, une belle Montréalaise ! Hein, quoi ? Mais c’est quoi ces gens qui crient ? Ben quoi Bertz, tu te retournes une fraction de seconde, c’est trop, Gbeke t’a dépassé et planté le corner de Gjertsen au fond des filets ! 2-0.

Bon, OK dit Leo à 5 minutes du repos, avant de déposer un centre sur la tête de Gbeke… qui envoya le ballon à cent mille lieues dans les airs (tiens, voilà un bon titre pour le jour où ils tireront tous trop haut…)

À la pause, il nous fallut bien reprendre nos esprits. Était-ce un rêve ? Une overdose de soccer qui rend fou ? Un puissant hallucinogène perdu dans un morceau de pizza ? Non, non, c’était bien réel. Les deux équipes développaient du très bon football et la rencontre atteignait un niveau que je ne me souviens jamais avoir vu en United Soccer Leagues. Quel bonheur ! Que c’est agréable ! On en redemande !

Eh bien, c’est reparti pour 45 minutes ! Bon, les deux équipes n’ont pas tenu le rythme, le jeu offert par la suite n’a pas atteint les mêmes sommets mais volait quand même bien haut. Rochester voulait revenir à la marque et marquer son premier but depuis 2000 lors de son probable dernier match à Claude Robillard. Ils devront maintenant jouer ici lors de la phase finale pour espérer y parvenir.

Mais leur premier beau mouvement après le retour des vestiaires illustrait bien leurs qualités du soir : il impliqua Diallo, Menyongar et Delicâte et fut ponctué par un tir pas assez redressé de Severs sur la gauche du petit rectangle.

Replié en défense, mais pas excessivement, Montréal ne se contentait pas de dégager le ballon dans le vide en espérant qu’il aboutisse à un équipier. Et se créait des occasions. Comme quand Gbeke reprit un corner d’une tête croisée et obligea Vallow à plonger.

Rochester n’était pas en reste et Bonseu faillit surprendre tout le monde quand, oublié plein axe à 25m du but, il reçut une longue rentrée en touche et envoya une belle demi-volée peu à côté.

Si Gbeke a marqué deux buts, Brown n’a pas réussi à concrétiser les nombreuses occasions qui lui ont échu. Un autre exemple sur un contre amorcé par Gbeke, puis où Gjertsen a lancé le Panaméen seul face à Vallow, bien sorti. Avec le ballon quelque peu éloigné de son pied, il choisit la solution la plus évidente, mais pas forcément la meilleure, soit tirer directement du gauche. En plein sur le gardien.

Le match de football avait aussi des allures de tennis puisque côté occasions, on passait maintenant d’un côté à l’autre. C’est donc là au tour de Rochester, avec un puissant tir des 20 mètres de Ball, peu à côté.

Brown allait ensuite se montrer à son avantage dans un de ses exercices préférés : attirer plusieurs hommes sur lui, les fixer et passer le ballon à un équipier qui bénéficie de l’absence d’adversaire. L’heureux était cette fois Testo, sur la droite, dont le centre fut reprit en extension et un temps par Gjertsen, sur Vallow.

Si vous avez bien suivi, vous savez que l’occasion suivante doit se passer de l’autre côté. Cette fois, point de tir de loin, ce dont on dû trop souvent se satisfaire les visiteurs. Mais un long centre prolongé de la tête par Delicâte et sur lequel Jordan dut intervenir et concéder un corner.

Fini le ping pong : Rochester presse tant et plus. Veut son but. Le ballon est d’ailleurs de plus en plus proche de la ligne fatidique. Gervais, cette fois, doit intervenir pour dégager en catastrophe un corner prolongé par Diallo vers Loera dont la reprise était menaçante.

L’effort des visiteurs se conclut par ce qu’ils avaient montré le plus souvent au cours de la soirée : un tir de loin de Menyongar, menaçant mais à côté. Peu à côté, certes, dangereux, certes, mais il manquait un fifrelin de réussite, un peu plus de précision, aux joueurs de Rochester pour inscrire un but qu’ils n’auraient pas volé.

Mais tenir le zéro au marquoir avait, dans les circonstances historiques de cette rencontre, encore plus d’importance pour les Montréalais qui tiennent leur filet inviolé depuis plus de 7 ans contre Rochester à Claude Robillard. Sept ans de malheur : mais qui a donc cassé un miroir après le match du 23 juillet 2000 ?

Matondo, c’est des briques qu’il a dû casser, ou je ne sais trop quoi d’autre, pour développer sa musculature et quitter l’état fil de fer dans lequel on l’a longtemps connu. Il a amorcé un contre puis a cédé dans l’axe à Brown dont le beau tir des 25m a été détourné par une claquette de Vallow.

Le gardien de Rochester a failli se mettre un but tout seul, ce qui aurait été très injuste au vu de son excellente prestation, quand il maîtrisa mal un corner rentrant qu’il récupéra juste devant sa ligne.

Ce match, c’est bien plus que le résultat, bien plus que la victoire 2-0 méritée. C’est la meilleure manière d’attirer davantage de public au stade. C’est ce qu’on veut voir semaine après semaine de la part d’une équipe qui joue le top. C’est aussi - n’oublions pas les mérites de l’adversaire - ce genre de rencontres dont doivent nous gratifier les sommets (quel contraste avec la merde offerte par Bob Lilley lors du dernier déplacement à Vancouver). C’est pour ça que les gens qui aiment le football se déplacent au stade. Enfin, c’est aussi une référence, chose souvent indispensable quand on veut remporter un titre de champion.

Merci à tous les acteurs (même l’arbitre Navarro a haussé son niveau et laissé son côté m’as-tu-vu au vestiaire) pour ce spectacle de qualité.

 
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