Hernan Losada succède à Wilfried Nancy

Publié le 21 décembre 2022

 Zouhair Essikal
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Montréal tient son nouvel entraîneur : Hernan Losada, passé par DC United et réputé pour le football spectaculaire développé par ses équipes. Portrait d’un jeune argentin doué pour les langues, ambitieux et adepte du jeu offensif.

Ancien numéro 10, Losada a été formé à Independiente, club de Buenos Aires où il a effectué ses débuts en équipe première. Après un bref passage par le Chili, il se retrouve à 24 ans au Beerschot, club anversois qui sera le fil rouge de sa carrière. Ses débuts en Europe sont brillants, lui valant un transfert à Anderlecht, mais ses diverses destinations sont émaillées de fortunes diverses. Il décide de terminer sa carrière au Beerschot, qui a entre temps fait faillite, été relégué et sauvé de la disparition par un club voisin.

Alors dans la mi-trentaine, Losada est encore au point physiquement mais il anticipe déjà la suite de sa carrière : il suit des cours d’entraîneur, passe sa licence UEFA B, puis A, avec un œil sur la licence Pro qui lui permettra d’exercer au plus haut niveau. Après avoir raccroché les crampons, il reste fidèle au club qui l’a révélé en Europe, dont il devient entraîneur des espoirs et adjoint de l’équipe première. Son ambition ? Reprendre celle-ci, et la diriger en D1… Deux objectifs atteints, le second après avoir contribué à la promotion de l’équipe. On disait alors de lui qu’il était un travailleur invétéré, passant plus de douze heures par jour au club.

Même si Anvers semble être sa ville d’adoption, Losada a des ambitions d’ailleurs… et plus particulièrement de MLS. Elles sont nées un peu par hasard : alors qu’il était en congé, son ancien équipier à Anderlecht Jelle Van Damme, qui défendait à l’époque les couleurs du LA Galaxy, l’avait invité à Los Angeles. Losada ne fait pas que se rendre au stade, il visite les installations et découvre les infrastructures de la MLS. Sous le charme, il désire en faire une étape de sa carrière.

Sa première saison en D1 avec le Beerschot commence tambour battant, le club occupant même à un moment la tête du championnat pour la première fois depuis des lustres. Une statistique de l’époque en dit long sur le jeu proposé : les pensionnaires du Kiel (le nom du stade) ont la meilleure attaque de la série… mais aussi la pire défense, ce qui ne les empêche donc pas d’être momentanément premiers ! À la fin de l’année 2020, il termine même deuxième au vote d’entraîneur de l’année.

Mais quelques semaines plus tard, changement radical : DC United lui fait une offre. Son rêve de MLS peut se réaliser, et il accepte de traverser l’Atlantique. À la fin de la saison, DC United compte 47 points, un de plus que Montréal, et occupe la 17e place du classement général (sur 27) avec la troisième meilleure attaque de la compétition et la 18e défense. Pendant l’hiver, il dit à ses dirigeants que le noyau n’est pas assez fort pour atteindre les ambitions fixées. Après un départ intéressant, l’équipe enchaîne les défaites et il est limogé, car le club pense que l’effectif est suffisamment solide. Les résultats sont encore pires après son renvoi et, malgré de nombreux renforts estivaux et l’arrivée de Wayne Rooney, DC United termine bon dernier alors que l’entraîneur anglais se fixe pour seul objectif de préparer 2023.

Son expérience d’un peu plus d’une saison en MLS a permis à Losada de se familiariser avec les spécificités du championnat. Plus tard dans l’année, lors de diverses entrevues en Belgique (nos sources sont Eleven Sports, Foot Magazine et la VRT), où il était retourné, il a par exemple déclaré aimer le règlement du budget salarial et des joueurs désignés, “permettant au championnat d’être très amusant et à chacun d’être champion”. Il aime qu’on y investisse chez les jeunes, mais a eu du mal à se familiariser avec la façon de vivre et de manger en club, sous-entendant du laisser-aller par rapport à ses habitudes et ses exigences. Quant au style de jeu, il a déclaré : “Beaucoup d’argent est dépensé pour des joueurs offensifs, moins pour des défenseurs. On a donc de bons attaquants face à des défenseurs plus faibles, ce qui donne du spectacle et des matchs ouverts, d’autant que très peu d’équipes commencent un match avec la volonté de rester à onze derrière.”

Rester à onze derrière, c’est aussi très loin de l’esprit de Losada. Sa fameuse statistique au Beerschot est évidemment un signe, même s’il convient de dire que c’est en rendant son équipe plus solide défensivement au moment de son arrivée en poste qu’il lui a permis de monter de D2 en D1.

Cela dit, ses équipes se sont toujours distinguées par leur style dynamique et énergique, leur volonté de créer des occasions quitte à prendre des risques. Quand elles mènent à la marque, elles pensent davantage à accroître leur avance qu’à la protéger. Ses choix tant en D1 belge qu’en MLS montraient des onze construits d’abord autour des joueurs capables de faire la différence plutôt qu’en posant des fondations défensives solides.

Il faut dire que Losada, plus tôt dans sa carrière, avait dit se souvenir que quand il était joueur, il préférait un rôle tourné vers l’avant sans trop de responsabilités défensives… ajoutant qu’il comprenait que ses joueurs offensifs pensent comme ça - sans toutefois les dédouaner de leurs devoirs non plus.

Dans une autre interview, Losada s’est décrit comme un “control freak (…) qui laisse aux joueurs le pouvoir de prendre leurs responsabilités sur le terrain”. Comme entraîneur, il veut que ses joueurs pensent rapidement pour prendre des décisions rapidement, et une de ses volontés à l’entraînement et de leur apprendre à tous à penser la même chose en même temps.

On le dit aussi disciple de Marcelo Bielsa, tant dans son côté pointilleux que par certains gestes qui paraissent plus anodins, comme celui de souvent s’accroupir en cours de match. Cela dit, en Belgique, il était réputé pour son côté bouillant en bord de terrain.

Selon les informations fournies par Vision du Jeu, les phases arrêtées furent une des grandes forces des équipes entraînées par Losada. Parce qu’elles se créaient beaucoup de situations intéressantes, mais aussi parce qu’elles les concrétisaient, évidemment, tout en encaissant peu de but sur ce genre de phases, dès lors plutôt bien maîtrisées défensivement.

Si elles ont offert quelques résultats spectaculaires, leur moyenne de buts marqués n’est que légèrement supérieure à ce que Montréal offrait sous Wilfried Nancy (il faut dire que c’était fort bien). En revanche, le gardien s’est retourné beaucoup plus souvent. En raison de l’effectif à sa disposition ou du style de jeu ? Réponse dans quelques mois… Quoi qu’il en soit, à Montréal, Losada se donne comme mission de proposer “un style de jeu offensif et positif, tout en créant un milieu de travail énergisant afin de continuer de grandir ensemble pour accomplir nos objectifs”.

Quand on compare aux années québécoises de Nancy, on voit aussi que les équipes de Losada passaient davantage par les flancs, marquaient plus souvent de la tête et aimaient porter le ballon plus haut. Et jouer plus haut en général, ce qui défensivement laissait davantage d’espaces aux adversaires pour envoyer quelqu’un seul au but. Elles ont aussi souffert des combinaisons de passes au sol, des longs ballons et étaient à la peine quand elles devaient subir le jeu.

Outre ses bonnes statistiques sur phases arrêtées, sa saison complète dans la capitale américaine avait été marquée par l’audace de tirer de loin et d’essayer des gestes difficiles, peu de présence au rebond offensif, des débuts de match pour le moins animés, de la porosité sur les flancs, un bloc qui peinait à trouver la bonne hauteur et quelques fins de match calamiteuses.

Quant à la condition physique, le précepte de Losada est simple : on part à fond, on accélère ensuite et on termine au sprint. Là encore, sa parfaite condition à un âge avancé le rendent particulièrement exigent. Si les joueurs de Montréal sont au point comme la saison dernière, cela pourrait être très intéressant. Mais s’ils tirent la langue, ça risque de finir comme à DC United, où à un moment, ça s’était transformé en “on part en fou, on tient jusqu’à être à bout de forces, et on finit en rampant”.

Si ce qu’on voit sur le terrain est évidemment primordial, on a aussi souvent entendu ces dernières semaines beaucoup d’observateurs se demander si le nouvel entraîneur parlerait français. Bonne nouvelle pour eux : Losada était l’an dernier sur la liste de la MLS des joueurs et entraîneurs capables de s’exprimer dans notre langue, dans laquelle il a d’ailleurs déjà dit quelques mots dans une vidéo sur les réseaux sociaux du club depuis l’annonce de sa signature. Il faut dire que depuis tout jeune, il a la bosse des langues, transmise par ses parents.

C’est ainsi qu’il a appris l’anglais jeune en Argentine, ce qui l’a bien aidé à s’intégrer en Belgique. Premièrement, parce qu’il communiquait plus facilement avec ses coéquipiers, mais aussi parce que, pendant que ses divers compatriotes arrivés à la même époque (le Beerschot avait une filière argentine dans ces années-là) prenaient des cours d’anglais, Losada, lui, apprenait le néerlandais… qu’il a rapidement maîtrisé à un très bon niveau, ce qui l’a encore servi par la suite dans sa carrière (lors de ses entrevues comme entraîneur du Beerschot, hormis un léger accent, on aurait presque dit que c’était sa langue maternelle). Mais dans un premier temps, il pouvait comprendre toutes les conversations au sein de son équipe, et aussi se débrouiller dans les magasins à Anvers sans trop de problèmes. Dès lors, il ne faut pas trop s’inquiéter de l’importance du français à ses yeux lors de son arrivée en terres québécoises.

Même si le club parle de continuité par rapport à Wilfried Nancy, une nouvelle ère commence. Il est fort possible que la différence entre l’Argentin et son prédécesseur soit plus marquée que celle entre ce dernier et Thierry Henry. Ce qui ne veut pas dire qu’il va déroger à la philosophie prônée par la direction technique depuis trois ans. Ce qui est fort probable, c’est que le spectacle sera au rendez-vous. Espérons désormais que les résultats aussi, et qu’il puisse s’inscrire dans la continuité. Mais avant d’en arriver là, on a d’abord hâte de découvrir ses débuts avec un effectif qui aura subi quelques changements importants.
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